Les Prilliérans voteront sur le plan de quartier Malley-Gare

 

C'est peut-être une première pour Prilly. Tous les partis politiques représentés au Conseil communal, sans exception, ont soutenu lundi soir 23 mai la proposition de soumettre le plan de quartier "Malley-Gare" (PQMG) aux citoyens de la commune. Le vote interviendra probablement le 25 septembre prochain, éventuellement le 27 novembre.

 

Notre association ne peut que se réjouir de cette décision, qui correspond à un des objectifs définis à l'article 3 de nos statuts: "Promouvoir un véritable débat démocratique par rapport au(x) projet(s) proposé(s) en favorisant une discussion ouverte et une possibilité pour la population de se prononcer".

 

Cela étant, nous ne sommes pas dupes. Il s'agit aussi d'une manoeuvre politique visant à obtenir un soutien de principe de la population à l'ensemble des projets de Malley qui, à nos yeux, restent surdimensionnés, source de  nuisances sous-estimées et délibérément opaques quant à l'impact visuel des cinq tours envisagées. Notre association ne manquera pas de souligner ces points lors de la campagne qui s'annonce. Nos statuts demandent aussi de "faciliter une information complète et transparente". Celle des autorités est très loin de l'être.

 

En exergue d'un débat nourri d'une heure, plusieurs orateurs ont souligné l'importance du préavis "Malley-Gare" qui, au-delà des 16 000 mètres carrés couverts par le plan de quartier, prend des options concernant toute la friche de Malley, en particulier la densification et des constructions en hauteur. Il s'agit bien de la "première tranche d'un nouveau morceau de ville", a dit le socialiste Jean Michel Piguet. Pour la PLR Colette Lasserre Rouiller, "ce projet permet de répondre à la crise du logement, accompagne le développement économique du canton. Notre conseil fait un choix sur l'ensemble du quartier" (c'est nous qui soulignons).

 

L'UDC contre tous les autres partis

 

Tout comme le PLR, les Verts, le POP, le PDC et le PS soutiennent la densification proposée, ce dernier émettant un "voeu" pour que la proportion de logements soit aussi élevée que possible, et qu'on assure la mixité sociale du quartier. Là-dessus, les positions varient. Certains, dont la popiste Isabelle Aparicio et le PLR Olivier Jean-Petit-Matile, se soucient prioritairement de logement à prix raisonnables et veulent éviter que le nouveau quartier pousse les loyers à la hausse comme cela s'est produit à Rolle. D'autres comme le socialiste Roger Saugy se préoccupent plutôt de l'assiette fiscale de la commune, s'attirant au passage les félicitations ironiques de Colette Lasserre Rouiller.

 

Seule l'UDC a refusé le plan de quartier. Son chef de file Fabien Deillon souligne que la plus haute des deux tours prévues à Malley-Gare peut atteindre 77 mètres sans superstructures, soit vingt-cinq étages (tour de la Rochelle: 16 étages). Le faîte se situerait plus haut que le giratoire de Prilly-Centre, à la hauteur de la gare Prilly-Union. La limitation "idéologique" des places de parc à Malley-Gare générera des problèmes pour les commerces, poursuit-il. Les imprécisions du règlement concernant l'aménagement des places et des passages entre les immeubles renforcent le risque de créer un nouveau désert de béton et de bitume. Enfin, les problèmes de trafic deviendront quasi impossibles à gérer avec le nouveau tram interrompant le trafic automobile toutes les trois minutes au haut de l'avenue du Chablais.

 

Soucis sur le trafic

 

Isabelle Aparicio se soucie aussi des circulations nord-sud (un point soulevé par notre association depuis le début). Pour elle, le bus 33 aura beaucoup de peine à se mouvoir sur un axe en pente, étroit et déjà saturé aujourd'hui aux heures de pointe.

 

Dans sa réponse, le syndic Alain Gillièron a laissé peu d'illusions à ce sujet: "Il est clair que l'avenue du Chablais aura toujours des difficultés. On n'y arrive déjà pas aujourd'hui". Rappelons que les normes de bruit et de pollution y sont dépassées.

 

Alain Gillièron a longuement répondu aux critiques et questions. Selon lui, la densité très forte de Malley-Gare (3,23 de coefficient d'utilisation du sol, plus élevée que les quartiers lausannois les plus peuplés) est un "devoir" imposé par le canton: "Sans cette densité, il nous aurait refusé ce plan de quartier". C'est aussi le Schéma directeur intercommunal  (SDIM) qui imposerait 16 000 habitants et emplois - dont 8000 nouveaux - sur l'ensemble de Malley. (Rappelons que le SDIM n'a aucune force légale). Si on prend l'ensemble des plans de quartiers Malley, Corminjod sud et nord et Broye, la population de Prilly atteindra au grand maximum 15 000 habitants à l'horizon 2030, calcule Alain Gillièron.

 

Malley-Viaduc en novembre

 

S'agissant des tours, le syndic déclare "qu'on n'a pas décidé seuls" et que le concours d'urbanisme de Malley-Coulisses a défini les hauteurs maximales. Déclaration inexacte à notre avis: le concours d'urbanisme se basait sur des hauteurs "possibles" proposées par le SDIM qui, répétons-le, n'a aucune force légale. Quant au nombre de tours, il n'a jamais été précisé dans aucun document officiel jusqu'à janvier 2015 et reste flou aujourd'hui encore. Alain Gillièron ajoute que le "pool d'experts" récemment constitué aura rendu son rapport quand le prochain plan de quartier, Malley-Viaduc, sera mis à l'enquête, "on espère en novembre-décembre". Malley-Viaduc envisage la plus haute des cinq tours (100 mètres), la plus proche des habitations aussi. Le syndic n'a pas précisé si les recommandations du "pool d'experts" seront rendues publiques. Toutes nos demandes d'information au sujet de l'impact visuel des tours se sont heurtées à un mur, aussi bien auprès du canton que du Schéma directeur de l'Ouest lausannois (SDOL). 

 

"Privilégier l'honnêteté"

 

Le Vert Maurizio Mattia a "regretté" qu'aucune illustration 3D dans le préavis ne permette de se faire une idée de cet impact visuel. "Nous avons estimé qu'il n'était pas possible d'anticiper le concours d'architecture en publiant des simulations", a répondu le syndic, qui dit vouloir "privilégier l'honnêteté". Il a fait une allusion à peine voilée à notre association en évoquant "les simulations que l'on trouve sur internet". Ceci nous amène à préciser un point central: les trois premières simulations que l'on trouve sur notre site ont volontairement réduit le volume des immeubles pour tenir compte du fait que les gabarits maximaux ne seront pas remplis; de plus, nous avons renoncé à placer les immeubles bas, pour des raisons de coût. Donc ces simulations sont plutôt flatteuses pour les projets des autorités, trop sans doute. A contrario, il faut relever une fois de plus les dessins tronqués ou truqués présentés par ces mêmes autorités, sans parler du fait que les tours ne sont jamais évoquées sur les panneaux de propagande disséminés sur le site. Il existe bien une maquette, remisée au SDOL. Lors d'un débat public vendredi soir à la buvette du Galicien, ses responsables trouvaient "intéressante" l'idée de la ressortir pour l'exposer à Malley. Chiche? En attendant qu'ils le fassent, nous nous battrons sans relâche pour dénoncer la désinformation des autorités.

 

Pour en revenir au conseil communal de Prilly, Alain Gillièron a rappelé que la limitation des places de parc était un moyen de faire pression sur les promoteurs (les CFF en l'occurrence) pour qu'ils remplissent les objectifs de l'écoquartier visé. Répondant à Fabien Deillon sur l'aménagement des places, le syndic a précisé: "il faudra voir jusqu'où on peut aller en termes d'argent". Enfin, comme cela a été le cas à Renens, la part de logements envisagée pour le bloc d'immeubles prilliéran de Malley-Gare a été corrigé de 0-40% à 25-40%. "Il serait bien de ne pas rater le train", a conclu le syndic, faisant allusion à "d'autres régions du canton qui nous envient".

 

"Les tours, c'est moderne et dynamique", a lancé Colette Lasserre Rouiller dans la discussion qui a suivi. Sans partager son enthousiasme, tous les groupes politiques ont soutenu les conclusions du préavis, accepté à une large majorité, contre huit oppositions et une absention.

 

Ensuite, l'UDC a lancé la proposition de soumettre le préavis au référendum spontané. La (demi-)surprise est que le PLR a aussitôt enchaîné pour défendre la même idée, s'étant préalablement entendu avec les Verts, le POP, le PDC et le PS, a précisé son représentant. C'est donc avec une belle unanimité que la proposition a été votée.