Prise de court, la Municipalité de Renens

reporte le vote sur le plan de quartier Malley-Gare

 

Le rouleau compresseur de la propagande officielle sur Malley commence à connaître quelques ratés. Lors d'une discussion publique vendredi 19 mai à la nouvelle buvette du Galicien, le syndic de Prilly Alain Gillièron souhaitait bonne chance à la municipale renannaise Tinetta Maystre qui partait débattre, le soir même, du plan de quartier Malley-Gare au conseil communal de Renens.

 

Deux heures plus tard, la Municipalité de Renens était contrainte de retirer en hâte cet objet de l'ordre du jour, n'étant pas en mesure de répondre aux critiques et propositions d'amendement venant de plusieurs partis.

 

La soirée avait pourtant bien commencé pour la Municipalité. Dans son rapport, la commission qui a examiné le préavis recommande à l'unanimité de l'accepter. C'est ensuite que les choses se sont gâtées.

 

On a d'abord appris que la Municipalité de Renens propose de modifier l'art. 8 du règlement accompagnant le préavis pour s'aligner sur un amendement suggéré par Prilly. Celui-ci concerne un point important - la part de logement prévue à Malley-Gare. Dans le préavis et les discours officiels, elle est systématiquement annoncée à 40%. Or dans le règlement, elle n'est que de... 0 à 40% pour le bloc d'immeubles situé sur Prilly, et de 25 à 40% pour le bloc situé sur Renens. Cette étrange contradiction n'a pas échappé à plusieurs partis politiques. Il s'agirait d'une "erreur" a déclaré vendredi le syndic de Prilly. Etrange erreur, qui figure dans plusieurs documents différents depuis plus d'un an, mais que l'on découvre à la dernière minute!

 

"Cela sent l'amateurisme et l'improvisation", a commenté l'UDC Stéphane Montabert. Son parti estime que la commission "s'est laissée  endormir par de belles promesses" et s'oppose au plan de quartier Malley-Gare (PQMG). Il en dénonce notamment "le gigantisme assumé", puisque deux tours peuvent y atteindre les hauteurs respectives de 77 et 63 mètres (sans superstructures), le socle d'immeubles "bas" atteignant lui une dizaine d'étages. "Même le CHUV ne fait pas autant", a ajouté Stéphane Montabert. L'UDC critique aussi la réduction importante du nombre de places par rapport aux normes, qui grèvera la valeur des logements et fragilisera la viabilité des commerces. Vu l'importance du projet et les oppositions qu'il soulève, le conseil communal doit le soumettre au vote de population par la voie du référendum facultatif, conclut l'UDC.

 

Au nom des Vertes, Nathalie Jaccard apporte son "complet soutien" au PQMG, ce qui ne surprend pas puisque le dossier est défendu par la Verte Tinetta Maystre. 

 

Au nom du PLR, Elodie Golaz Grilli demande à la Municipalité une vision d'ensemble des investissements publics qu'entraînera le vaste chantier de Malley. La syndique Marianne Huguenin répond que les dépenses d'équipement prévues pour le PQMG et la zone de Malley-Gazomètre, juste au sud de celui-ci, sont estimées à 25 millions de francs, partagés entre propriétaires et pouvoirs publics selon une convention annexée au préavis. Déduction faite des subventions fédérales et cantonales, la dépense pour les communes se monterait à environ 7 millions de francs. Il ne s'agit toutefois que d'une partie du site de Malley, et Elodie Golaz Grilli se déclare insatisfaite de la réponse. Tout comme le socialiste Daniel Rohrbach qui martèle à plusieurs reprises la question: "Combien?"

 

Le Parti socialiste "accepte et soutient" le PQMG, déclare Michele Scala, qui y apporte toutefois deux bémols. Premièrement, le PS "émet le voeu" que les parts d'affectation soient inversées: 60% pour le logement, 40% pour le reste. Il "souhaite" aussi que la population soit associée par une démarche participative au choix définitif de la hauteur des bâtiments du PQMG, puisque celle-ci n'est pas encore fixée. A ce sujet, la municipale Tinetta Maystre apprend au conseil que le jury qui examinera les projets architecturaux plus précis du PQMG comprendra "un habitant" (le syndic de Prilly a fait la même déclaration au Galicien). 

 

Au cours de la discussion sur le logement, l'UDC Stéphane Montabert, pas convaincu par le tour de passe-passe de dernière minute sur les pourcentages prévus dans le règlement, a pris la Municipalité de court en proposant un amendement pour que ceux-ci soient fixés "entre 38 et 40%". "Ce n'est pas quelque chose que nous pouvons décider seuls", a répondu la syndique Marianne Huguenin, qui a demandé une suspension de séance. Au terme de celle-ci, le Municipalité a demandé que la décision sur le PQMG soit reportée au mois de juin. 

 

Même si celle-ci est au final positive, ce qui s'est passé vendredi constitue déjà un demi-désaveu pour les Exécutifs. Et la pression monte clairement pour que le PQMG soit soumis au vote populaire.