Ce « bouquet de tours » que l’on fait tout pour cacher

 

 

Pour masquer la pauvreté de leurs arguments, les partisans de Malley-Gare essaient de poser en forces du progrès face aux forces de l’immobilisme. Or ce n’est pas en répétant un mensonge qu’il devient vrai.

 

Personne ne s’oppose au développement de Malley, ni au principe de densifier la ville. Les logements prévus autour de l’ancien gazomètre seront le bienvenu.

 

Mais ce n’est pas de cela dont il est question dans le projet soumis aux Prillérans. A Malley-Gare et Malley-Viaduc, l’« écoquartier » (sic) s’est mué en un groupe de cinq tours de 60 à 100 mètres, dont deux à Malley-Gare, où le logement sera le parent pauvre. Connaît-on un seul exemple d’écoquartier composé de tours - qu’on nous promet « fines », c’est à-dire encore plus gaspilleuses d’espace et d’énergie? Interrogés en débat public, les partisans ont été incapables d’en citer un.

 

A supposer que Malley doive absolument se doter d’un « bouquet de tours » en guise de « repère urbain », ce dont nous doutons, la moindre des choses serait de le montrer. Or tout est fait pour le cacher, signe du malaise qu’éprouvent les promoteurs de ce projet mal ficelé. Gabarits? Refusés. Ballons? Refusés. La « Stratégie pour l’implantation des tours » fixe des exigences précises (coupes, photomontages) que doivent « impérativement » fournir les porteurs de projets. Elles ont été ignorées à Malley.

 

Dix ans de travaux, nous dit-on, pour un projet dont la transparence ne respecte pas les standards minimaux que l’on est en droit d’exiger, vu son impact visuel massif sur des milliers de Prillérans et de Lausannois ? Ce point mérite à lui seul le renvoi à l’expéditeur.

 

Il y en a d’autres. La densité prévue à Malley-Gare atteint celle de l’hypercentre lausannois, celle de l’ensemble de la zone excède la densité moyenne du centre-ville de la capitale. Cela alors que les problèmes de circulation nord-sud ont été négligés.

 

Cette densité serait « imposée »par le canton, prétend-on. C’est faux. Elle a été décidée en vase clos. Comparons la procédure suivie pour les deux grand chantiers de cette génération. Aux Plaines-du-Loup, un plan directeur localisé a été discuté et voté par le Conseil communal. A Malley, le projet, saucissonné en tranches, repose sur un document sans valeur légale. Aux Plaines-du-Loup, la consultation a touché quelque 1500 personnes. A Malley, nous constatons chaque jour dans les quartiers à quel point leurs habitants ignorent ce qui se prépare.

 

La nouvelle loi sur l’aménagement du territoire demande que l’on construise en ville, près des transports publics. C’est une bonne chose, Malley s’y prête bien. Ce n’est pas une raison suffisante pour y faire n’importe quoi dans le but de maximiser le profit immédiat et de satisfaire l’ego de quelques édiles et urbanistes.

 

(Article paru dans "24 Heures" le 11 novembre 2016)