Un mur de tours à Malley?

Que sait-on à ce jour (avril 2016) des tours envisagées à Malley? 

 

  • Malley-Gare, premier plan de quartier mis à l'enquête début 2015, en prévoit deux: une de 77 mètres maximum, l'autre de 63 mètres maximum (sans les superstructures). Le préavis concernant ce plan de quartier affirme que la hauteur peut encore varier selon la compacité du bâtiment - de 43 à 77 mètres pour la première, de 34 à 63 mètres pour la seconde - afin de "disposer les nouvelles surfaces avec souplesse et créativité". Le rapport du dossier d'enquête, lui, ne mentionne jamais cette "souplesse". Au contraire, il insiste à plusieurs reprises sur les tours: "Pour ne pas alourdir la future silhouette du quartier, il est préconisé de développer les constructions en hauteur" (p. 36). "La construction de deux bâtiments hauts (l’un de 62 mètres, l’autre de 76 mètres) jouant un rôle de repères urbains pour le quartier permet de mettre en valeur la halte du RER" (p. 18).

  • Le projet "Coulisses", vainqueur du concours d'urbanisme en 2012 pour la zone située au sud des voies CFF, prévoit une troisième tour d'environ 60 mètres au bord de l'avenue de Chablais. Celle-ci est aussi mentionnée dans le rapport du plan de quartier Malley-Gare: "une troisième est souhaitée dans le secteur Malley-Gazomètre" (p. 40).

  • Non encore mis à l'enquête, le plan de quartier Malley-Viaduc, au nord des voies CFF, envisage une tour de 76 mètres sur le centre Malley-Lumières, et une autre de 100 mètres, la plus haute de toutes et la plus proche des habitations au nord de la route de Renens. La tour de 72 mètres est, elle aussi, annoncée dans le rapport sur le plan de quartier Malley-Gare: "Dans la ligne de mire de l’axe culturel qui débute au Gazomètre, une tour d’environ 76 mètres est également projetée sur le complexe commercial Malley-Lumière." (p. 40). Quant à la tour de 100 mètres, elle est publiquement souhaitée par la Municipalité de Prilly.

 

Donc, cinq tours dont la hauteur oscille entre 60 et 100 mètres.

 

Ce n'est pas tout. La zone accueillant la future patinoire et piscine olympique comportait aussi une tour de 60 mètres. Celle-ci a été retirée du plan de quartier mis à l'enquête fin 2015 "pour éviter des oppositions inutiles", selon Jean-Jacques Schilt, président du Centre intercommunal de glace de Malley. Elle n'est pas abandonnée pour autant, selon les déclarations des syndics de Prilly et Lausanne. Un nouveau plan de quartier peut la faire resurgir dans quinze ans.

 

Au total, ce sont donc cinq à six tours de 60 à 100 mètres que l'on envisage de construire à Malley. Le rapport du plan de quartier Malley-Gare est clair à ce sujet: "Le futur quartier ne sera pas identifié par un seul grand monument mais plutôt par une silhouette résultant de la mise en tension de plusieurs émergences de hauteurs et de formes variées, qu’il reste à inventer afin qu’elles dessinent et expriment – de concert – cette étape d’urbanisation qui se met en place à Malley" (p. 40). Lors d'une présentation publique, les autorités ont parlé d'un "bouquet de bâtiments hauts pertinent à l'échelle du grand paysage".

 

C'est une façon de présenter les choses. On peut aussi imaginer que ces bâtiments hauts et décalés les uns par rapport aux autres dresseront face aux milliers d'habitants situés sur la pente aboutissant au au parc de Valency, un mur de béton, verre et acier long d'environ 200 mètres et haut de 60 à 100 mètres. Il impactera la vue de dizaines de milliers de Lausannois et Prillérans, dans un rayon de dix kilomètres (Mont-Goulin, Montelly, Longemalle, pont Chauderon, etc.).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La légitimité démocratique de ce mini-Manhattan est contestable, les visuels présentés aussi. Alors qu'il existe aujourd'hui des outils 3D ou classiques comme la photogrammétrie pour montrer sous des angles pertinents l'impact de nouvelles constructions, un des rares photomontages fournis par les autorités consiste en une simulation incomplète. Il est quasiment impossible de trouver une illustration officielle montrant les cinq tours envisagées. Sur la simulation ci-dessus se dressent des blocs semi-transparents, vus sous un angle aérien sud-ouest... Les dessins illustrant les documents officiels masquent souvent les bâtiments hauts derrière des écrans de verdure occupant l'essentiel de l'image. Les tours sont tronquées, ou lointaines comme le montrent les exemples ci-dessous. Pour les habitants, ce sont bien sûr les points de vue au sol, notamment depuis les endroits fréquentés, qui sont le plus pertinents.

 

Le Projet d'agglomération Lausanne-Morges (PALM) a publié en 2014 une "Stratégie pour l'implantation des tours" qui dit ceci à propos d'intégration des tours: "Toute nouvelle tour doit être pensée en fonction du contexte existant. (...) Le projet doit démontrer la manière dont il s’insère dans son voisinage bâti et dans la topographie du terrain". Cette démonstration a-t-elle été faite à Malley? Non. 

 

Ceci encore: "Le programme de tours doit prouver sa contribution à la vie publique locale". Cette preuve a-t-elle été apportée? Non.

 

La "Stratégie tours" demande aux porteurs de projets de fournir "impérativement" une liste de documents sur l'impact visuel des bâtiments. En l'état, ces exigences ne sont pas remplies pour Malley-Gare, Elle prévoit aussi la constitution d'un  "pool d'experts". Le fait que celui-ci a été désigné en mars 2016, plus d'un an après la mise à l'enquête d'un premier plan de quartier prévoyant deux tours et annonçant déjà les suivantes en dit long sur les limites à l'intérieur desquelles ce pool fonctionnera. 

Autre bizarrerie, un concours d'urbanisme a été organisé pour la zone Malley-Sud, mais aucun pour celle située entre la halte CFF et le viaduc du Galicien, alors qu'il s'agit du coeur du futur quartier. C'est là aussi que Prilly envisage la construction d'une tour de cent mètres.

 

Venons-en au fond. Les tours exigent passablement d'énergie pour leur construction et leur entretien. Leur volume utile est réduit d'un quart à un tiers pour les circulations et ascenseurs. De l'aveu même des urbanistes, elles ne sont pas forcément le meilleur moyen de densifier la ville. Voici ce qu'écrit la "Statégie tours" à ce sujet: "Un quartier de tours n’est pas plus dense qu’un tissu urbain homogène, fait d’îlots de bâtiments d'habitations rez + sept étages". 

 

Qu'en est-il et de la durabilité et de la "société à 2000 watts" régulièrement invoquée à Malley? Voici ce que répond la "Stratégie tours" sur ce point: "De manière générale on peut affirmer que la tour rend plus difficile le respect des principes de construction durable dans ses différentes dimensions. (...) Le coût énergétique est régulièrement avancé comme argument défavorable, et ce à tous les stades de la production et de l’exploitation de la tour".

 

Alors pourquoi des tours à Malley? Parce que ce sont des "bâtiments emblématiques", disent les documents officiels . Comme si seules les tours avaient valeur d'emblème... Rappelons que ces mêmes autorités ont défini, dans le plan général de l'agglomération Lausanne-Morges (PALM), un centre principal (Lausanne) et un centre secondaire à Renens, où a d'ailleurs commencé une grande rénovation de la gare. Malley? Le quartier n'a pas besoin de repère visuel avec sa halte CFF, son viaduc et des axes routiers qui le situent sans problème. 

 

L'autre argument avancé en faveur des tours de Malley est qu'elles dégagent "des places généreuses". Outre que deux d'entre elles sont bordées par des axes à fort trafic, la "Stratégie tours" souligne d'autres écueils: "La question du micro climat au pied des tours (vents) est un sujet important, et souvent sous-estimé". Plus loin: "Une tour requiert une coordination particulièrement complexe entre acteurs publics et promoteurs, à chaque étape du développement du projet. De plus l’expérience prouve que mixer les programmes (commerce, logements, équipements, bureaux) ajoute encore une difficulté supplémentaire au travail: la mixité verticale n’est donc pas facile à réaliser contrairement à l’horizontale".

 

L’urbanisme, c’est davantage que de poser des plots sur une maquette. Dans l’architecture prétendument moderne, l’intérieur et l’extérieur sont trop souvent en contact direct et brutal, sans intermédiaire. La qualité de vie des habitants, actuels et futurs, est la première victime du manque de soin apporté aux espaces publics et le recours aux matériaux froids - comme le montrent les constructions récentes à Malley et au bas des Flumeaux.

 

Des tours, pour faire quoi au sol? Une pelouse aseptisée où on n'a pas le droit de mettre les pieds? Un parvis de marbre? Un centre commercial standardisé de plus? Là est le défi contemporain: ne pas négliger les espaces intermédiaires trop souvent vus comme une gêne, non profitables au commanditaire, alors qu'ils jouent un rôle central dans les contacts humains.